Poesia

Christine de Pizan - Virelai

Je chante par couverture,
Mais mieux pleurassent mes oeils,
Ni nul ne sait le travail
Que mon pauvre coeur endure.

Pour ce muce ma douleur,
Qu'en nul je ne vois pitié.
Plus a l'on cause de pleur,
Moins trouve l'on d'amitié.

Petit porte de valeur
De soi montrer déhaitié,
Ne le tiennent qu'à foleur
Ceux qui ont le coeur haitié.

Si n'ai de démontrer cure
L'intention de mon veuil,
Ains, tout ainsi comme je seuil,
Pour celer ma peine obscure,
Je chante par couverture.





Christine de Pizan - Ballade

Seulette suis et seulette veux être,
Seulette m'a mon doux ami laissée,
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée,
Seulette suis en langueur mésaisée,
Seulette suis plus que nulle égarée,
Seulette suis sans ami demeurée.

Seulette suis à huis ou à fenêtre,
Seulette suis en un anglet muchée,
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, rien n'est qui tant me siée,
Seulette suis en ma chambre enserrée,
Seulette suis sans ami demeurée.

Seulette suis à huis ou à fenêtre,
Seulette suis en un anglet muchée,
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, rien n'est qui tant me siée,
Seulette suis en ma chambre enserrée,
Seulette suis sans ami demeurée.

Princes, or est ma douleur commencée :
Seulette suis de tout deuil menacée,
Seulette suis plus tainte que morée,
Seulette suis sans ami demeurée.





De triste coeur chanter joyeusement
Et rire en deuil c'est chose fort à faire,
De son penser montrer tout le contraire,
N'issir doux ris de dolent sentiment,

Ainsi me faut faire communément,
Et me convient, pour celer mon affaire,
De triste coeur chanter joyeusement.

Car en mon coeur porte couvertement
Le deuil qui soit qui plus me peut déplaire,
Et si me faut, pour les gens faire taire,
Rire en pleurant et très amèrement
De triste coeur chanter joyeusement.





Christine de Pizan - Chanson de la pastoure

Il n'est si joli métier
Que de mener en pâture
Ses agneaux sur la verdure,
Jamais je n'en changerai.

Qui verrait ces bergerettes
Et ces plaisants pastoureaux
S'entr'aimer par amourettes,
Tresser des fleurs en chapeaux,

Il dirait qu'il n'est sentier
Ni voye qui soit si pure,
Jamais d'autre n'aurait cure
Mais s'en voudrait contenter ;
Il n'est si joli métier.

Ces pastours sur leur musette,
Au gazouillis des oiseaux,
Vous disent des bergerettes
Et des beaux motets nouveaux ;
Ils aiment de coeur entier ;
Au son de leur turelure,
Dansent tant que l'été dure,
Autre ébat n'ont le penser.
Il n'est si joli métier.